30
Mai
2025

Depuis plusieurs mois, la question des professeurs absents non remplacés s’est imposée dans le débat public. Parents d’élèves, chefs d’établissement, enseignants eux-mêmes : tous font le même constat. Les heures de cours perdues se multiplient, sans que le système de remplacement ne parvienne à suivre. Longtemps perçu comme un problème ponctuel ou localisé, le non-remplacement des enseignants apparaît désormais comme un phénomène durable, aux causes profondes et aux conséquences multiples. Derrière les chiffres et les polémiques médiatiques, le non-remplacement des professeurs absents remet concrètement en question la capacité du système scolaire à assurer une réelle continuité éducative.
Des chiffres alarmants
Les données officielles confirment l’ampleur du phénomène. D’après une enquête de la DEPP sur l’année scolaire 2023-2024, plus de 10 millions d’heures de cours n’ont pas été assurées dans le second degré public, principalement en raison d’absences non remplacées. Concrètement, cela signifie qu’en moyenne, près de 9 % des heures d’enseignement prévues dans les collèges n’ont pas été dispensées, dont l’essentiel est directement lié au non-remplacement des enseignants absents.
Dans le premier degré, la situation n’est guère plus rassurante. Un rapport d’information de la Commission des finances du Sénat révèle que le nombre de demi-journées d’absence a fortement augmenté depuis la fin des années 2010. En 2023-2024, on compte plus de 7,5 millions de demi-journées d’absence recensées, soit une hausse de près de 20 % en quelques années. Si une partie de ces absences est remplacée, une proportion significative ne l’est pas, notamment lorsqu’elles sont courtes ou imprévues.
Rapporté au parcours scolaire des élèves, l’impact est loin d’être marginal : le Sénat estime qu’un élève perdrait en moyenne 4 % de son temps scolaire annuel à cause des absences non remplacées.
Un système de remplacement fragmenté et sous tension
Au-delà du volume d’absences, l’organisation même du remplacement pose problème. En pratique, le traitement des absences varie selon leur durée. Les absences de courte durée relèvent souvent de la responsabilité des établissements, qui doivent trouver des solutions internes : répartition des élèves, heures supplémentaires, mobilisation de collègues volontaires. Ces dispositifs, déjà fragiles, montrent rapidement leurs limites.
Pour les absences plus longues, le relais est pris par les services académiques. Mais là encore, le manque de personnels disponibles se fait sentir, en particulier dans certaines matières– mathématiques, langues, sciences – et dans les territoires les plus reculés, qui peinent déjà à attirer et à stabiliser des enseignants. La question du remplacement se révèle donc être un symptôme supplémentaire de la fracture territoriale qui déchire le paysage éducatif.
À cela s’ajoute un contexte général de pénurie d’enseignants : plusieurs milliers de postes restent vacants chaque année. Pour assurer tant bien que mal la continuité du service, le ministère recourt de plus en plus aux enseignants contractuels qui auraient augmenté de 43 % entre 2015 et 2022. Dans certains territoires, les non-titulaires peuvent même représenter jusqu’à la moitié des enseignants.
Le résultat est un système à bout de souffle et coûteux — avec environ 4,2 milliards d’euros de crédits budgétaires consacrés chaque année au remplacement — mais dont l’efficacité reste largement contestée. Les rapports parlementaires soulignent d’ailleurs que ce chiffre est probablement sous-estimé, car il n’intègre ni la rémunération des enseignants absents ni l’ensemble des heures supplémentaires mobilisées, ce qui porterait le coût réel des absences et de leur gestion au-delà de 5 milliards d’euros par an.
Des conséquences directes sur les élèves… et sur l’égalité scolaire
La première conséquence du non-remplacement est évidemment pédagogique. Les élèves accumulent des retards, voient certaines notions survolées ou abandonnées, et subissent une discontinuité dans leurs apprentissages. Ces effets sont d’autant plus marqués que les absences concernent des matières structurantes ou se répètent au cours de l’année.
Par ailleurs, les établissements situés en zone d’éducation prioritaire et en zones rurales, fragilisés et concentrant un taux fort de difficultés scolaires, sont particulièrement concernés par les remplacements non-assurés. Et, là où les familles disposant de ressources peuvent compenser le phénomène par du soutien privé notamment, les plus défavorisés subissent pleinement ces absences à répétition, renforçant la défiance croissante envers l’institution scolaire et le sentiment d’abandon exprimé par de nombreux acteurs de terrain.
Un défi majeur
Mais les réponses à cette crise du remplacement ne peuvent se limiter à de simples ajustements organisationnels, elles doivent impérativement s’attacher à revaloriser la fonction même du professeur.
Cette conviction est au cœur du projet Excellence Ruralités. Si notre objectif premier demeure la réussite et le bien-être des élèves, nous entendons également rendre au métier d'enseignant toute sa noblesse.
Le statut de professeur-éducateur, les classes à petits effectifs, l’inscription dans une vision éducative commune et partagée, ainsi que la liberté pédagogique accordée aux équipes contribuent à redonner du sens au travail enseignant et à renforcer l’engagement professionnel sur la durée. À cela s’ajoute l’entretien d’une relation étroite et structurée avec les familles, qui permet de réinscrire l’action pédagogique au cœur de sa mission : servir le pays en formant sa jeunesse.