Classement Pisa : « Dans dix ans nous devrons recruter les deux-tiers de nos ingénieurs à l'étranger »

September 25, 2026

La publication du nouveau rapport Pisa – qui évalue le niveau scolaire des pays membres de l’OCDE – a établi un triste record pour la France, en chute libre depuis vingt ans. L’occasion pour notre directeur général, Jean-Baptiste Nouailhac, d’alerter, dans une tribune aux Echos, de l’impact de cet effondrement sur la pénurie massive d’ingénieur et la perte de toute souveraineté industrielle :

“S’il en était encore besoin, le dernier classement PISA confirme de manière tristement incontestable l’effondrement de notre système éducatif. 

Entre 2015 et 2025, les jeunes Français ont perdu 35 points en Mathématiques et 43 en Français, ce qui correspond à deux années scolaires d’apprentissages en moins. Pour le dire autrement, nos élèves de 3ème ont aujourd’hui le niveau des élèves de 5ème de 2015. 

Notre pays était jusqu’à présent le champion des inégalités. Le niveau de nos meilleurs élèves a tellement baissé que nous nous approchons désormais du titre de champion de l’égalité… dans la médiocrité. 

Au cours des vingt dernières années, la part des bons élèves en Mathématiques a été divisée par 3 passant de 15% en 2003 à 5% aujourd’hui. Dans le même temps, le nombre d’élèves en grandes difficultés en Mathématiques et en Français a doublé passant de 16,5% à 34%. 

Derrière ces chiffres froids et ces courbes glaçantes, il y a des destins avortés, des talents qui n’écloront pas, des colères qui n’auront même pas les mots pour s’exprimer. 

Mais il y a aussi une réalité collective : l’accélération mécanique du déclassement de notre pays. 

Syntec-Ingénierie estimait en 2022 qu’il manquait 20 000 ingénieurs sur les 65 000 que nous devrions former chaque année pour pouvoir mettre en œuvre la réindustrialisation dont notre pays a besoin. Ces ingénieurs formés en 2022, ce sont les collégiens qui ont passé le test PISA de 2015, quand 10% de nos élèves atteignaient les meilleurs scores en Mathématiques. Cette proportion ayant été divisée par deux au cours des dix dernières années, il est vraisemblable que le nombre d’ingénieurs formés dans un avenir proche le sera aussi. Ainsi, ce ne sera pas 20 000 mais 40 000 ingénieurs qui manqueront bientôt chaque année pour conduire la réindustrialisation. Deux tiers de notre besoin en ingénierie auquel il faudra renoncer ou qu’il faudra recruter à l’étranger avec les conséquences qu’on imagine sur nos capacités d’innovation et notre indépendance stratégique. 

Face à cette menace existentielle, l’heure n’est plus aux mesures administratives et aux circulaires correctives. Le déclassement éducatif français documenté par PISA commande une refondation profonde de notre école.

Les solutions sont connues et, même, déjà mises en place en France dans certains établissements innovants ou encore à l’étranger, de l’Angleterre à l’Asie du Sud-Est : pédagogies explicites (méthode syllabique pour la lecture, Singapour en Mathématiques, enseignement chronologique de l’Histoire), silence en classe et travail individuel, groupes de niveaux, autonomie et responsabilité des établissements sur la base d’évaluations nationales objectives, autorité pédagogique du chef d’établissement pour recruter son équipe et piloter la reconquête du niveau scolaire. Ces outils, mis en place à partir de 2010 dans le cadre du projet de « Big Society » de David Cameron, ont produit des résultats spectaculaires en Angleterre où le niveau des élèves fait mieux que se maintenir pendant que celui des nôtres chute lourdement.

Mais ils ont mis quinze ans à produire des effets et c’est là toute la difficulté. Les évolutions éducatives ont ceci en commun avec les questions démographiques, qu’elles sont silencieuses, très longues à mettre en œuvre et très difficiles à inverser. Le sujet de l’école peine à s’imposer dans l’action publique car il suppose une vision sur le temps long qui fait grandement défaut à nos responsables politiques, happés par la frénésie de l’immédiateté. 

Les Français, qui estiment pour 88% d’entre eux que l'Éducation doit être une priorité du prochain quinquennat selon l’Ifop, ont bien compris que notre prospérité, notre souveraineté et l’idée même de notre destin commun sont aujourd’hui intrinsèquement liés au renouveau éducatif de notre pays. Alors que débute une campagne présidentielle décisive, puissent les candidats rester durablement imprégnés de l’urgence éducative documentée par cette chute historique du niveau pour se hisser à la hauteur des attentes de nos compatriotes.”

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